Pendant deux mois, nous avons expérimenté un processus de codécision à grande échelle par le dialogue à l’aide de l’outil Boréal pour construire le positionnement du parti sur le conflit russo-ukrainien.
En nous appuyant sur notre manifeste pour le monde qui vient et les 101 contributions de 68 de nos adhérentes et adhérents, nous avons convergé vers une vision commune : nous devons apporter un soutien entier à l’Ukraine pour défendre l’idée d’un monde régi par le droit et non par la seule force.
Depuis 2022, la guerre en Ukraine a bouleversé l’équilibre géopolitique européen. Ce conflit n’est pas seulement une tragédie humaine : il interroge notre capacité collective à défendre nos valeurs, notre sécurité, et notre souveraineté. Partenaire proche de l’UE, l’Ukraine est stratégique pour la sécurité européenne. Face à l’agressivité russe, passée, présente, probablement future, et aux divisions européennes, Équinoxe se positionne en faveur d’une réponse ferme, unie et ancrée dans une vision à long terme.
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1. Nos constats sur le conflit russo-ukrainien
1.1. L’Ukraine est dévastée
L’Union européenne (UE) entretient des liens économiques avec l’Ukraine dans les domaines agricole, énergétique et industriel, scellés par l’Accord de partenariat et de coopération de 1994. Les tensions avec la Russie — marquées par des crises répétées depuis 2014 — ont culminé en 2022 avec une invasion aux conséquences dramatiques : 90 000 morts du côté ukrainien et près de 600 000 blessés1. L’année 2025 a été la plus meurtrière. 340 établissements éducatifs et des centaines d’infrastructures de santé ont été détruits ou endommagés. Treize à quatorze millions d’Ukrainiens, soit près de la moitié de la population, attendent une aide humanitaire, pour un coût estimé à 3,3 milliards de dollars pour 2025-2026. La guerre se poursuit sans relâche en 2026, avec des bombardements réguliers, des combats terrestres et des pertes constantes.
1.2. Une nouvelle menace pour l’ordre continental européen
Depuis l’an 2000, l’Europe a connu plusieurs transformations territoriales majeures, souvent marquées par des sécessions et annexions par la force, des conflits gelés, ou des réintégrations négociées. Ces dynamiques reflètent à la fois l’évolution des rapports de force géopolitiques et l’application — parfois sélective — du principe d’intangibilité des frontières, principe central de l’ordre européen post-guerre froide.
L’Ukraine est aujourd’hui l’exemple le plus direct de la menace de l’ordre continental européen. Depuis 2014, ce pays subit des modifications territoriales imposées par la force : l’annexion de la Crimée par la Russie (2014), le contrôle du Donbass par des forces pro-russes (2014–2022), puis l’invasion à grande échelle en 2022. Ces actes violent la Charte des Nations Unies et les principes d’Helsinki, réaffirmés par l’Acte final d’Helsinki et la Charte de Paris (1990). Ce conflit renvoie à ceux des années 1990–2000, où la force avait permis des changements territoriaux rapides, mais jamais sans conséquences durables. Le redécoupage des frontières par la violence engendre des conflits gelés (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud), des populations déplacées (plus de 6 millions de réfugiés ukrainiens depuis 2022, selon l’ONU) et des tensions persistantes, menaçant l’ensemble du continent.
L’ordre européen, bâti sur l’intangibilité des frontières, est aujourd’hui fragilisé par des modifications unilatérales imposées par la force, remettant en cause les fondements mêmes de la sécurité collective en Europe.
1.3. Une guerre hybride2 qui cible l’UE
La Russie ne se contente pas d’une guerre conventionnelle. Elle mène des cyberattaques (APT28), des opérations de désinformation (EUvsDisinfo), des ingérences politiques (financement de partis extrêmes en Europe) et des tentatives de déstabilisations (cartographie des acteurs et territoires de la stratégie russe de déstabilisation de l’Europe). Les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et la Pologne sont explicitement cités dans les rapports de l’OTAN et de l’UE comme cibles prioritaires des ingérences russes, qu’il s’agisse de cyberattaques, de désinformation ou de pression énergétique. Ces attaques sapent la cohésion européenne et alimentent les tensions internes. Pourtant, notre réponse reste faible et déséquilibrée.
1.4. L’Europe trop dépendante et inégalement engagée
Malgré des efforts réels, l’UE peine à compenser le retrait progressif des États-Unis. 64% des importations d’armes des États européens membres de l’OTAN proviennent des États-Unis entre 2020 et 2024, contre 52 % sur la période 2015-2019 (SIPRI, 2025).
En février 2026, le Parlement européen a approuvé un prêt de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine, marquant une étape décisive dans le soutien européen : 60 milliards d’euros pour renforcer la défense de l’Ukraine, 30 milliards d’euros au titre de l’assistance macro-financière et budgétaire. Cette aide, bien que significative, ne doit pas masquer les limites de la coordination européenne : tandis que la Hongrie agit dans l’intérêt de Moscou et que certains pays réduisent leur aide militaire, d’autres, comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, maintiennent ou augmentent leurs contributions. Cette fragmentation ralentit la mise en œuvre d’une stratégie européenne, essentielle pour contrer efficacement la menace russe.
2. Nos aspirations pour un ordre européen régional
2.1. L’UE soutient pleinement l’Ukraine
Bruxelles travaille à la recherche de la paix, négociée d’une seule voix avec Moscou, pour trouver une issue au conflit. Toute solution doit être validée par Kyiv, avec des garanties de sécurité vérifiables, contraignantes et durables.
En Ukraine, la reconstruction des infrastructures énergétiques et industrielles ukrainiennes se fait dans l’alignement des engagements climatiques de l’Accord de Paris. À l’horizon 2050, l’Ukraine doit être un État démocratique stable, dotée d’institutions anticorruption solides, avec lequel nous partageons les valeurs fondamentales de l’UE.
2.2. Le Vieux Continent incarne un modèle d’ordre régional fondé sur le droit et la coopération
Bruxelles garantit et protège la souveraineté et l’intégrité territoriale sur le continent européen. A cet effet, l’UE se dote d’une force d’interposition européenne dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), susceptible d’être déployée au sein d’opérations militaires autonomes ou en appui à l’ONU. Elle implique un déploiement rapide de forces européennes pour séparer des belligérants, sous commandement européen et mandat politique du Conseil de l’UE et peut être déployée en Ukraine. Cette dernière, en tant que nation souveraine, bénéficie de son intégrité territoriale et de sa liberté de choix politiques. L’ordre régional interdit toute modification des frontières par la force et sanctionne les agressions.
2.3. L’UE protège les démocraties et ses infrastructures contre les attaques hybrides
L’UE neutralise les cyberattaques, la désinformation et les ingérences étrangères sur son territoire par des mécanismes systématiques et proportionnés. Les infrastructures critiques (énergie, transports, communications) sont sécurisées, et les citoyens européens sont armés contre la manipulation grâce à une éducation aux médias et à une transparence renforcée. Les acteurs de la désinformation et de la déstabilisation sont sanctionnés de manière ciblée et efficace, pour éviter une escalade incontrôlable.
2.4. L’Europe s’affirme comme une puissance autonome, capable de dissuasion et de coopération
L’Europe gagne en autonomie stratégique, grâce à la mutualisation de ses industries (drones, munitions, systèmes de défense) et à une coopération renforcée entre États membres, dans laquelle Paris serait un moteur. Elle ne dépend plus des importations stratégiques (armements, énergie, technologies critiques, matières premières) et dispose d’une souveraineté numérique et industrielle lui permettant de peser face aux grandes puissances, sans céder aux logiques de domination ni de confrontation.
3. Notre positionnement
L’Ukraine doit servir de sursaut à l’UE pour surmonter ses divisions et transformer sa fragmentation en force collective pour faire entendre sa voix. Cela passe notamment par une diplomatie européenne forte qui s’accorde sur des lignes rouges communes et non négociables et par une réforme des mécanismes de décision. Sur le conflit russo-ukrainien, Équinoxe soutient une réponse ferme et unie, en évitant à la fois l’abandon de l’Ukraine et l’escalade militaire directe avec Moscou.
3.1. Partenariats pour la résilience et la reconstruction de l’Ukraine
Équinoxe se positionne en faveur d’une reconstruction durable de l’Ukraine, et soutient à ce titre deux axes d’efforts.
Sur le plan financier, Équinoxe propose d’utiliser les dividendes et les recettes générées par les avoirs russes gelés (210 milliards d’euros) pour financer la reconstruction de l’Ukraine et son effort de guerre, avec trois garde-fous : un fonds européen dédié, géré par la Commission, mutualise les risques entre États membres pour éviter les représailles russes sur un seul État ; les avoirs souverains restent gelés, mais leurs revenus sont redirigés vers le fonds ; un mécanisme de traçabilité totale est instauré : chaque euro sera justifié par un projet ukrainien et fera l’objet d’un rapport annuel. En cas de négociation sérieuse avec la Russie, le fonds peut être dissous et ses avoirs rendus, pour montrer que l’Europe est prête à dialoguer.
Sur le plan sécuritaire, Équinoxe propose un soutien maximal à l’Ukraine pour protéger son territoire et ses civils, en priorisant la défense passive : un bouclier anti-missiles et drones européen renforcé (batteries Patriot mutualisées, SAMP/T français, IRIS-T supplémentaires) couvrant l’ensemble du pays face aux attaques russes massives ; extension EUMAM à 100 000 soldats formés d’ici 2027 ; intransigeance totale en cybersécurité. Un réseau européen de surveillance avancée (radars au sol, AWACS, drones Coyote depuis l’Ouest ukrainien) doit être en mesure de documenter les violations du droit international.
3.2. Respect de l’ordre continental européen
Équinoxe se positionne en faveur d’un arrêt rapide des hostilités et d’un engagement européen responsable en faveur de l’application du droit international. A cet effet, nous soutenons le déploiement d’un plan d’interposition3, activable à la demande de Kyiv, idéalement sous mandat de l’ONU ou de l’OTAN. L’Europe dispose des capacités pour déployer immédiatement 5 000 hommes afin de stabiliser l’arrière-front ukrainien ; tout en œuvrant diplomatiquement à une force d’interposition limitée dans le Donbass (10 000 hommes), en coordination étroite avec l’ONU ou l’OTAN. L’Europe doit déployer sans délai cette force d’interposition en Ukraine. Ce déploiement viserait l’arrière-front (ouest/centre Ukraine), protégeant civils et infrastructures, en complément des forces ukrainiennes, sans franchir le front actif – une posture défensive crédible. Cette décision serait porteuse d’une symbolique forte : montrer que l’UE passe à l’action sans déclencher une guerre directe. Montrer également que l’UE est en mesure de s’engager pour l’ordre continental européen.
Parallèlement, l’UE doit maintenir et accentuer les sanctions pour forcer Moscou à négocier la sortie du conflit. L’interdiction des importations de gaz et pétrole russes (avec plan de transition énergétique) doit être envisagée.
3.3. Guerre hybride : une réponse ferme et systématique
Équinoxe défend une cyberdéfense européenne souveraine contre la guerre hybride russe, unifiant ENISA et le Mécanisme de Tallinn pour un renseignement temps réel, une attribution automatique des attaques, une sécurisation des infrastructures critiques (énergie, banques) et des sanctions autonomes immédiates.
Équinoxe défend la constitution d’une capacité souveraine et harmonisée de protection face aux actions de guerre hybride à l’échelle de l’UE. Celle-ci doit reposer sur une intégration effective des moyens de cyberdéfense ; une sécurisation coordonnée des infrastructures critiques ; et une capacité autonome d’attribution et de sanction.
Cela passe notamment par un effort accru de coopération en matière de renseignement, sur le format des Five Eyes, au niveau européen. Cette stratégie doit se doubler d’une éducation aux médias et d’une transparence informationnelle pour consolider la résilience démocratique européenne. L’objectif est clair : garantir l’intégrité de nos institutions et l’autonomie stratégique européenne, sans céder à l’escalade ni à la dépendance.
3.4. Une vision réaliste en faveur d’un tournant dans l’autonomie stratégique de l’UE
La guerre aux portes de l’UE est une réalité qui doit permettre un sursaut européen. L’effort consenti pour gagner en autonomie est aussi une opportunité pour repenser la résilience européenne.
- Équinoxe soutient pleinement l’objectif de La Commission européenne qui vise à atteindre 40 % d’achats d’armements en commun d’ici 2030 (avec une ambition de 50 % à plus long terme), tout en assurant que 50 % de ces équipements soient produits en Europe dès 2030, un seuil destiné à monter à 60 %. La mise en place d’une coopération renforcée entre industries de défense européennes est une évidence pour réduire la concurrence stérile. Cet axe d’effort doit s’accompagner d’une réflexion approfondie sur l’harmonisation des équipements des armées européennes ;
- Équinoxe prône un effort accru pour briser la dépendance énergétique, en intensifiant l’interconnexion des réseaux et en développant des solutions européennes. L’opportunité de sortir encore plus rapidement des énergies fossiles doit être saisie ;
- Sur le plan technologique, Équinoxe souligne l’urgence de déployer un cloud européen, conforme au Data Act 2025, ainsi que le rapatriement stratégique des datacenters sur le territoire européen, pour mieux maîtriser ses données et réduire sa surface d’attaque ;
- Sur le plan démocratique, Équinoxe est en faveur d’une coordination européenne renforcée via la création d’un « conseil de sécurité européen » pour éviter les blocages (ex : veto hongrois sur les sanctions à l’encontre de la Russie).
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Face à la violence de l’invasion russe, et à l’effacement américain, nous devons poursuivre notre soutien à l’Ukraine. Équinoxe porte sur ce sujet une vision responsable et ambitieuse qui vise à garantir que la sécurité du continent européen repose sur le droit international et la coopération et non sur la domination du plus puissant.
Dans un contexte marqué par l’intensification des attaques hybrides contre ses infrastructures et le retour de la guerre conventionnelle sur le continent, l’UE peut-elle encore ignorer sa dépendance stratégique et sa fragmentation institutionnelle sans compromettre sa sécurité à long terme ?
Si vous partagez notre point de vue sur ce sujet, rejoignez Équinoxe pour porter ensemble une Europe souveraine, solidaire et pacifique.
- Center for Strategic and International Studies, February 2026, Russia’s Grinding War in Ukraine ↩︎
- Cyberattaques, désinformation, ingérences politiques ↩︎
- Force neutre chargée de protéger les civils et infrastructures ↩︎




