Remettre le fret sur de bons rails

9%. Voilà la part des marchandises (en volume) transportées par le train en France. Contre 89% pour la route (et 2% pour le fluvial). En Allemagne, le fret c’est 18%, en Suisse c’est 34%.

Le problème, c’est qu’une tonne de marchandises transportées par la route émet 18 fois plus de CO2 que par le rail. Et c’est sans compter la pollution sonore des villages traversés, ainsi que les particules fines issues des plaquettes de frein, des pneus…

Bref, le fret ferroviaire, c’est bénéfique à tous points de vue.

Une concurrence déloyale

Mais alors, pourquoi est-il peu à peu délaissé ?

D’une part, le transport routier bénéficie d’avantages fiscaux (remboursement des taxes sur le carburant). Il est aussi plus attractif que le fret, par sa très grande flexibilité et la possibilité de recourir à des chauffeurs étrangers moins rémunérés. Enfin, notre réseau ferré vieillit, ferme (- 1 290km de lignes en 10 ans) et la France continue de se désindustrialiser, ce qui défavorise le fret ferroviaire.

Le fret ferroviaire a été ouvert à la concurrence en 2006 par l’Union européenne. Sauf que les nouveaux entrants se sont focalisés sur les segments les plus rentables, délaissant les autres à Fret SNCF. Cette dernière a donc abandonné toute une partie du segment des “wagons isolés” (le fret du dernier km), qui innervaient autrefois tout le réseau.

En raison de ses difficultés financières, Fret SNCF a dû être recapitalisé plusieurs fois par l’État. Sauf qu’en 2023, la Commission européenne a lancé une enquête pour “aides d’État illégales” (les fameuses recapitalisations).

Alors pour sauver l’entreprise du redressement judiciaire, la Commission nous a imposé un “plan de discontinuité” :

  • Abandon d’une partie des trafics à la concurrence
  • Scission de Fret SNCF en 2 entités
  • Ouverture du capital à l’externe

Décarbonner le transport de marchandises

Le transport de marchandises représente 7,5% de nos émissions de CO2. C’est énorme.

Mais mettre des marchandises sur des trains plutôt que sur des camions, ça divise nos émissions par 18. Ça aussi, c’est énorme.

Chez Équinoxe, on souhaite donc développer le fret ferroviaire pour décarbonner le secteur des transports. Et on sait que ça ne se fera pas sans action forte de l’État.

Ce sujet est bien plus large que celui du fret, le ferroviaire dans son ensemble mérite un cahier thématique dédié. Mais sur ce dernier, voici nos premières pistes de mesures :

  • Maintenir les aides au wagon isolé.
  • Accélérer la modernisation et le développement des infrastructures ferroviaires, notamment de fret.
  • Supprimer progressivement les exemptions fiscales sur les carburants.
  • Soutenir la mise en place d’éco-taxes sur le transport de fret routier sur les longs trajets, et réinvestir les recettes dans le ferroviaire.
  • Obliger à l’utilisation du fret ferroviaire pour les marchandises lourdes et volumineuses (au-delà d’une certaine distance).
  • Dédier progressivement des corridors ferroviaires au fret sur les grands axes industriels pour séparer les circulations.
  • Sans oublier la création de voies, la remise en question de la concurrence…

Sources

Statistiques développement durable. Chiffres clés des transports – Partie 5 Transport de marchandises, avril 2026.

Entreprendre, service public. Remboursement partiel de l’accise sur les énergies (gazole) pour transporteurs routiers de marchandises et de personnes (ex-TICPE), 11 mars 2026.

Le Monde. Fret SNCF sera remplacé par Hexafret et Technis, à partir du 1ᵉʳ janvier 2025, 4 novembre 2024.

Eurostat. Transport multimodal (page web).

Statistiques développement durable. Transports et environnement en France – État des connaissances en 2025, 27 mars 2026.


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