En finir avec le vote utile : le jugement majoritaire

Il existe aujourd’hui un camp qui écrase tous les autres et qui l’emporte à chaque élection : l’abstention.

Ce désintérêt profond pour la politique peut certes s’expliquer par le manque de renouvellement des candidats ou tout simplement parce qu’ils ne sont pas à la hauteur. Mais notre système de vote est lui aussi imparfait. Trop souvent, on est forcés de “voter utile” au premier tour, et de “faire barrage” au second.

Des choix par dépit plutôt que par conviction.

Aujourd’hui, le mode de scrutin de notre élection présidentielle consiste à voter à deux reprises pour un candidat unique. Le candidat qui reçoit le plus de voix l’emporte. Le problème majeur est que le résultat du premier tour est très influencé par la présence de “petits candidats”, qui font de petits scores mais captent des voix qui ne vont pas aux plus gros candidats.

Cela peut donc influencer fortement la composition du second tour (comme en 2002 ou en 2022).

La tentation du vote utile

Ce phénomène encourage fortement le vote utile. On ne vote plus pour le candidat qu’on préfère, mais pour le candidat le moins pire qui a le plus de chances de l’emporter.

Ce vote encourage les candidats bien installés et crée surtout beaucoup de frustrations : on ne vote pas par adhésion mais par stratégie.

Le vote au jugement majoritaire

Cette méthode de vote, inventée en France, permet de supprimer ce problème. Pour chaque candidat, on demande d’accorder une mention, allant de “à rejeter” à “excellent” en passant par “insuffisant”, “passable” et “bien”. À la fin du vote, on regarde la mention médiane obtenue par chaque candidat, et on sélectionne celui qui a la meilleure.

Source : Les écolos humanistes.

Attention, ce mode de scrutin a tout de même quelques failles et nécessite de faire des choix de méthode. Par exemple, si plusieurs options obtiennent la même mention médiane, les départager peut se faire de plusieurs manières qui ne donnent pas toujours le même résultat.

Mais ces difficultés sont surmontables. Et dans tous les cas, le jugement majoritaire permet de gagner en nuance et de bien mieux prendre en compte l’avis des citoyennes et des citoyens.

Chez Équinoxe, on s’applique toujours en interne ce qu’on propose en externe. On utilise ainsi le vote au jugement majoritaire pour impliquer nos membres dans de nombreuses décisions.

Par exemple, en 2024, nous l’avions utilisé pour décider collectivement de la stratégie des législatives anticipées.

Les résultats de notre vote interne sur les différents scénarios pour les élections législatives anticipées de 2024.

Nos propositions

Utiliser le vote au jugement majoritaire en interne ne suffit pas. Avec Équinoxe, nous proposons de l’utiliser pour toutes les élections qui s’y prêtent.

Évidemment, cette mesure vient avec un renouveau démocratique complet : conventions citoyennes, tirage au sort, proportionnelle, exemplarité, transparence, sortie du présidentialisme…

Notre carnet thématique sur la démocratie sort très bientôt !

Sources

Balinski M. et Laraki R., Majority Judgement : Measuring Ranking and Electing, MIT Press, 2010

Balinski M. et Laraki R., « Judge : Don’t Vote », Cahier du laboratoire d’Économétrie de l’École polytechnique, 27, 2010.

Chaîne youtube “Sciences Étonnantes”.


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