Notre plan pour sortir de la violence

Avec plus de 1 000 lycées concernés et 250 000 à 500 000 manifestants, la mobilisation lycéenne d’octobre 2026 atteint une ampleur exceptionnelle. À l’origine du mouvement, des enseignants, rejoints par les élèves du lycée Saint-Exupéry de Créteil, pour dénoncer le manque de profs.Avant de nous prononcer sur le fond dans les prochains jours, nous souhaitons revenir sur la violence qu’a suscitée cette mobilisation.

En un peu plus de trois semaines :

  • 6 877 personnes ont été placées en garde à vue (plus de huit sur dix étaient mineures), soit plus que les Gilets jaunes sur un an de mobilisation
  • L’IGPN a été saisie de 36 enquêtes pour des violences de policiers.
  • 248 élèves, 149 membres du personnel éducatif et 900 gardiens de la paix ont été blessés.

La blessure d’un jeune homme dont la main a été arrachée par une grenade assourdissante ASSD a conduit le ministre de l’Intérieur à en suspendre l’usage.

Mais les phénomènes de violence, d’un côté comme de l’autre, ne sont pas apparus avec le mouvement lycéen.

La plupart des grandes manifestations récentes ont donné lieu à des débordements similaires :

  • Le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2020
  • Les manifestations contre la réforme des retraites en 2023
  • Les manifestations de Sainte-Soline en 2023 contre les « méga-bassines »

À chaque fois, plusieurs dizaines de blessés, ainsi que de nombreuses dégradations matérielles. La question, c’est : pourquoi ?

La violence : seule manière de se faire entendre ?

Le recours croissant à ce type de stratégies (désobéissance, manifestations non déclarées, violences) mérite d’être analysé pour y répondre efficacement.

D’une part, les manifestations pacifiques semblent de plus en plus ignorées par les médias et le pouvoir politique : un million de personnes dans la rue contre la loi Travail (2016) et la réforme des retraites (2019), deux millions de signataires contre la loi Duplomb.

D’autre part, les manifestations violentes génèrent une surmédiatisation et sont plus écoutées par le gouvernement.

Un maintien de l’ordre brutal

La « doctrine française du maintien de l’ordre » est codifiée par le Schéma national de maintien de l’ordre (2021). Elle s’appuie notamment sur la mise à distance des manifestants et l’usage de la force en cas « d’absolue nécessité ». Selon le Défenseur des droits, ce Schéma établit un double standard de gestion :

  • Très à distance pour les événements pacifiques
  • Très réactive voire brutale pour les événements « susceptibles d’engendrer des désordres »

Or, classer les manifestations dans l’une ou l’autre de ces catégories revient au ministre de l’Intérieur, qui transmet des consignes aux préfets. Ces dernières années, la montée des violences (groupes de casseurs) en manifestation et la perte, par les organisateurs, d’une partie de leur capacité d’encadrement ont compliqué le maintien de l’ordre et fragilisé les possibilités de « désescalade ». De moins en moins d’événements semblent identifiés comme « pacifiques ».

Nos aspirations

Dans le cadre actuel, les violences sont presque inévitables, d’un côté comme de l’autre. Il s’agit donc de changer le cadre. Il faut que les lycéens puissent faire remonter et entendre les enjeux qui leur tiennent à cœur de manière démocratique, et que leurs revendications soient écoutées.

Demain, la violence ne doit plus être ce qui permet d’être entendu mais ce qui bloque les discussions.

Nos propositions

Renforcer les outils démocratiques

Aujourd’hui, les élèves sont déjà représentés par des instances apartisanes à l’échelle de leur établissement (CVL), de leur académie (CAVL) et du pays (CNVL).

Mais cela n’est pas suffisant, nous proposons de :

  • Réformer le mode de scrutin de ces instances pour qu’elles représentent mieux la diversité des élèves et des établissements.
  • Donner un pouvoir décisionnel à ces instances qui n’ont aujourd’hui qu’un rôle consultatif. Par exemple : permettre aux élus et élues du CVL d’émettre des objections bloquantes lors des votes du Conseil d’administration d’un lycée.
  • Recruter et former plus d’AED (assistants d’éducation, aussi appelés surveillants) pour que les CPE aient les ressources nécessaires pour faire vivre les outils de démocratie lycéenne.

Condamner vraiment les violences

Mieux sanctionner la casse côté manifestants, en interpellant les responsables des actes violents et en les condamnant à des amendes et à des travaux d’intérêt général de réparation.

Mieux sanctionner les dérives policières, en réformant l’IGPN.

Revoir en profondeur la doctrine du maintien de l’ordre, notamment les nasses et l’utilisation d’armes dangereuses.

Sources

  • Défenseur des droits. Désescalade de la violence et gestion des foules protestataires, 2021.
  • Moreau, C. Face-à-face – Maintien de l’ordre et démocratie, PUF, 2026.
  • France Info. Depuis le début du mouvement lycéen, 937 membres des forces de l’ordre et 248 élèves ont été blessés, annonce Sébastien Lecornu, 2026.
  • Flagrant déni. Polices des polices : pourquoi il faut tout changer, 2025.
  • Egea, P. Le Club des juristes. Manifestations lycéennes : la minorité change-t-elle les règles du maintien de l’ordre ?, 2026.
  • Syndicat des commissaires de la police nationale. Manifester : c’est ton droit, il y a des règles, 2026.
  • Ministère de l’Intérieur. Schéma national de maintien de l’ordre, 2021.
  • Roché, S. et Miller, L. Escalade policière contre la protestation et dommages humains lors des réformes des retraites en 2010 et 2023, Civitas Europa, 53(2), 129-157, 2024.
  • Moreau de Bellaing, C. Comment la violence vient aux policiers : école de police et enseignement de la violence légitime, 2009.

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